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Opération «Towards Equality» – En Italie, les stéréotypes de genre sont supprimés des manuels scolaires

– En Italie, les stéréotypes de genre sont supprimés des manuels scolaires

Certains éditeurs du pays déplorent la présence de stéréotypes dans les ouvrages destinés aux enfants dans les écoles: les mamans à la cuisine, les papas au travail… Interview d’Irene Biemmi, spécialiste en enseignement du genre et maître de conférences à l’Université de Florence.

Chiara Severgnini – Corriere della Sera (Italie)

Publié aujourd’hui à 09h37

Irene Biemmi, spécialiste de l’enseignement du genre et maître de conférences à l’Université de Florence.

IRENE BIEMMI

Pour votre livre, «Une éducation sexiste: Stéréotypes de genre dans les manuels scolaires de l’école primaire», vous avez étudié des manuels scolaires qui ont été publiés entre 1997 et 2002. Qu’avez-vous découvert?

Tout d’abord, une sous-représentation des femmes et des filles — seulement 37% des histoires dans ces livres ont une femme dans un rôle principal. Ce qui montre à quel point le sexisme latent de ces livres peut avoir des répercussions considérables. Au cours des ateliers que j’anime régulièrement dans les écoles, je demande aux filles pourquoi, selon elles, il y a si peu de femmes dans ces livres, et certaines donnent des réponses du style: «Évidemment, elles sont moins importantes.» Il y a plein de stéréotypes. Dans ces histoires, on trouve très peu de femmes actives; toutes les filles sont timides, soigneuses, bonnes élèves, tandis que les garçons sont courageux et vifs, parfois même un peu agressifs. On a l’impression de plonger dans des archétypes d’antan.

Cela se passe-t-il mieux maintenant, à votre avis?

Si je regarde les manuels scolaires d’aujourd’hui, je dirais que oui. Mais en 2016, deux chercheurs, Cristiano Corsini et Irene Scierri, ont utilisé une grille d’analyse similaire pour étudier des manuels scolaires publiés plus récemment et leurs conclusions étaient plutôt tristes, on avait l’impression que les choses s’étaient dégradées.

À votre avis, pourquoi les manuels scolaires semblent-ils incapables de se débarrasser des stéréotypes de genre?

Parce que les éditeurs s’adressent à un public particulier, celui du milieu scolaire, qui a beaucoup de mal à accepter les changements. Les écoles italiennes sont un miroir à retardement de ce qui se passe dans le pays et elles sont incapables de suivre tous les changements qui ont lieu à l’heure actuelle dans notre société. N’oublions pas que, d’une part, la plupart des enseignants ont été formés dans les années 70 et 80 et qu’ils ramènent avec eux cette culture dans leurs classes. D’autre part, aucune formation spécifique n’est proposée sur les questions de genre, que ce soit aux enseignants plus âgés ou aux plus jeunes. Tout cela a également une dimension émotionnelle. Une mère avec un tablier qui donne le goûter aux enfants, des petits garçons téméraires, des petites filles occupées avec leurs poupées… Il s’agit de représentations quasi mythiques, et en même temps très rassurantes. Jeter cette culture à la poubelle et proposer quelque chose de nouveau est plus facile à dire qu’à faire.

C’est pourtant ce que tente de faire «Obiettivo parità». Vous êtes leur principale conseillère; en quoi consiste votre rôle exactement?

J’ai dirigé l’équipe qui a défini des lignes directrices concrètes que nos éditeurs doivent appliquer comme référence de base. Maintenant, mon travail consiste à réviser minutieusement chaque livre, page par page.

C’est-à-dire?

Je passe chaque manuscrit au peigne fin. Je me pose des questions, telles que combien d’auteurs masculins et féminins sont-ils inclus? Les rôles principaux des histoires sont-ils répartis de manière équitable entre hommes et femmes? Y trouve-t-on des stéréotypes? Je regarde le livre dans son ensemble, je ne me focalise pas sur un seul passage. Si une partie du contenu me semble problématique, par exemple parce qu’il y a des stéréotypes évidents ou désagréables, je le signale aux éditeurs. Mais en général, je cherche à me faire une impression globale du livre. Ensuite, je passe à la relecture du langage. Par exemple, je supprime toutes les occurrences du genre masculin dans les instructions pour les devoirs. Au lieu d’un générique «débats avec tes camarades de classe», je préfère utiliser «débats avec tes camarades garçons et filles» ou «avec ta classe». À la fin, j’envoie mes suggestions à l’éditeur adjoint, dont la tâche est de corriger toutes les irrégularités. Quelques mois plus tard, je reçois une nouvelle série de copies et je procède à la dernière relecture, en tenant compte cette fois-ci également des photos et des illustrations. Ensuite, et seulement lorsque tout est en place, le livre est envoyé à l’imprimerie.

Votre travail implique-t-il principalement de soustraire, plutôt que d’ajouter?

Non, il ne suffit pas de supprimer les stéréotypes; notre objectif est de proposer quelque chose de nouveau, ce que l’on appelle des «contre-récits». Mais c’est la façon dont on se sert d’eux qui est cruciale. Pour moi, le meilleur livre n’est pas celui dans lequel toutes les mères de famille sont des astronautes et tous les pères sont occupés à préparer le dîner dans la cuisine, où tous les petits garçons sont timides et toutes les petites filles ressemblent à [l’icône féministe] Fifi Brindacier. Le meilleur livre est celui capable d’offrir une représentation plurielle de la réalité, car la diversité culturelle est le tremplin pour atteindre l’égalité des genres. Nous n’avons pas besoin de livres qui offrent une vision du monde à l’envers, ce serait complètement artificiel. Dans notre monde, beaucoup de mères de famille sont des scientifiques, juristes ou travaillent à la poste, beaucoup de petits garçons sont sensibles et beaucoup de petites filles sont sportives: pourquoi ne pas les mettre, eux aussi, en lumière?

Publié aujourd’hui à 09h37

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