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France – Monde | Contre les violences faites aux femmes, Camaïeu lance une campagne choc pour promouvoir le 39 19

Entre deux blazers et un gilet cache-coeur, une femme pose avec un oeil au beurre noir, l’autre s’affiche avec une ecchymose près des lèvres : ce sont les images que les clientes du site de mode Camaïeu ont pu découvrir. Des images inattendues pendant un moment de shopping virtuel, pour accrocher le regard.

« Alerter et renseigner sur le 39 19 qui est trop peu connu aujourd’hui »

Cette campagne a été élaborée en collaboration avec l’association Solidarité Femmes Accueil (Solfa) qui accompagne les femmes victimes de violences et l’agence Buzzman. Dans un premier temps, depuis décembre les clientes des boutiques de la marque retrouvent des informations sur le 39 19 dans les cabines mais aussi sur le ticket de caisse et peuvent acheter un t-shirt dont tous les bénéfices sont reversés à Solfa.

Cette campagne restera en place jusqu’à la fin des soldes, le 8 février. Photo DR.

« Pour aller encore plus loin et montrer la sincérité de l’engagement », depuis le 15 janvier, cette campagne est complétée par « des photos un peu choc pendant le shopping internet » : toutes les 15 fiches produits environ, certaines sont détournées et on peut y voir des femmes maquillées pour simuler des blessures. « Ce ne sont pas des mannequins mais des personnes internes à Camaïeu qui se sont portées volontaires pour illustrer les violences physiques faites aux femmes », explique la marque.

En lieu et place du nom du vêtement et du prix, on peut lire « 1 femme sur 10 est victime de violences » puis le numéro 39 19. Cliquer sur la vignette n’amène donc pas sur des habits, mais sur un communiqué rappelant quelques chiffres sur les violences dont sont victimes les femmes mais surtout le numéro que les victimes peuvent appeler, le fameux 39 19. En magasin aussi, les employés font la promotion de ce numéro en portant un t-shirt affichant le numéro qui est aussi imprimé sur le ticket de caisse.

« Le but c’est d’alerter et de renseigner sur ce numéro 39 19 qui est trop peu connu aujourd’hui. Les femmes ont besoin d’être mises au courant, c’était une façon de le faire un peu subtile et à la fois impactante », souligne la marque. Une manière très graphique de montrer son soutien contre une situation pour laquelle « il y a urgence avec tous les féminicides qui augmentent d’année en année donc c’était le parti pris pour alerter », poursuit la marque. En effet, en 2020 159 400 personnes étaient victimes de violences conjugales, soit 10% de plus qu’en 2019 et 102 femmes avaient été tuées sous les coups de leur conjoint 

Une campagne qui passe mal 

Sur les réseaux sociaux, la réponse n’est pas forcément bonne, ce à quoi s’attendait la marque. « C’était gonflé, et c’est sûr ça ne va pas plaire à tout le monde… mais il fallait ! » écrit sur Linkedin Véronique Bacquet, la responsable de marque chez Camaïeu. Les internautes, notamment sur Twitter, ont partagé leur malaise face à cette campagne. Adresser ce genre de messages directement aux victimes ou minimiser les violences qui ne laissent pas de traces sur le corps font parti des critiques qui reviennent.

L’association féministe « Les Lionnes » a par exemple interpellé l’agence de communication Buzzman ayant travaillé sur cette campagne. « Beaucoup de femmes ne portent pas plainte quand elles sont poussées au sol, maintenues des heures par les poignets, enfermées dans les toilettes ou frappées à des endroits non visibles. La majorité des cas de violence sur les femmes » dénonce l’association sur Twitter, avant de poursuivre. « C’est plutôt les hommes que vous devriez choquer et mettre face à leur responsabilité, ainsi que la police et les institutions ».

 

 

« Twitter c’est le réseau des haters, sur les autres réseaux sociaux, c’est pas du tout perçu comme ça ! « , se défend Camaïeu. Sur Linkedin en effet, les réponses sont plus nuancées et on peut lire tout autant de commentaires félicitant la marque que d’autres exprimant leur désaccord. « Ce qui est assez étonnant, c’est que ce sont aussi des hommes qui prennent la parole. Tout à l’heure, une responsable s’est prise des insultes par un homme en commentaire. C’est presque la réponse parfaite à tout ça : ça nous donne encore plus d’arguments pour montrer que c’est nécessaire. Oui ça choque, mais ça fait parler et c’est l’important », poursuit la communication de Camaïeu.

La marque essuie aussi des critiques concernant l’opportunisme de Camaïeu de surfer sur ce genre de sujets pour augmenter leurs ventes. 

Interpeller sur un sujet aussi délicat par une campagne publicitaire peut en effet soulever des questions sur les intentions de la marque. « Bien sûr, ça reste une marque qui fait de la communication comme toutes les autres. Mais ce qu’on veut saluer, c’est une communication hyper engagée sur un sujet très important. Le vrai but, c’est de sensibiliser ».

Un choix d’une campagne « choc » assumé et qui restera en place jusqu’à la fin des soldes, le 8 février. 

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