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Société | Facteur pendant plus de 30 ans à La Ciotat, il raconte son métier passion

Voilà plus de 30 ans qu’il est à la retraite. Yves se remémore régulièrement les rues de La Ciotat, où il a longtemps distribué le courrier. Si aujourd’hui ses jambes ne lui permettent plus de le porter pour flâner dans le centre-ville, sa mémoire, elle, ne lui joue aucun tour.
Cet ancien facteur de 92 ans – « Bientôt 93 ! », comme il aime le rappeler -, évoque ses souvenirs depuis sa chambre, où pénètrent quelques rayons de soleil. Lui qui a été en poste 36 ans, connaît la ville comme sa poche et a des anecdotes à revendre.

« Il a failli se casser le nez ! »

« Je m’occupais de la place Esquiros, rue Maréchal-Joffre, Marius-Monet, François-Donzel… » On n’arrête plus le retraité qui se souvient instinctivement. « J’aimais beaucoup ce travail. C’est moi qui distribuais les lettres aux commerçants », ajoute-t-il. Ses journées comportaient toujours « quelques mots gentils », de la part de chacun mais également, des invitations « pour boire un coup ». À tous, il répondait : « Non, j’ai déjà bu chez ton voisin ! » Son poste de radio à la main, il se confesse tout de suite. « Ce n’était pas vrai. Sinon, j’aurais vite terminé alcoolique ! »

Avec tout ça, on imagine qu’Yves doit connaître du beau monde dans la commune. Lorsqu’on lui demande s’il a gardé contact avec certains, il réfléchit. « Il est vrai que je me suis fait quelques amis. Mais je me souviens surtout d’un ennemi ! »
Ennemi qui avait conduit le facteur tout droit à l’hôpital, interrompant sa tournée habituelle. Alors qu’il commence à évoquer cette histoire, Marinette, son épouse, entre dans la pièce pour la raconter. « C’était un commerçant qui avait nettoyé la devanture de son magasin juste avant son arrivée. Comme il ne l’a pas prévenu, il s’est cassé le nez sur les carreaux ! », s’exclame-t-elle. « J’ai été fâché un moment », déclare le postier en riant.

Pour être un bon facteur, selon Yves, il faut être digne de confiance. « À mon époque, les gens accordaient beaucoup d’importance à ce métier. Ils se confiaient, certains attendaient notre passage avec impatience puisque nous leur apportions des réponses à leurs questions. » Il l’assure : « Jamais je n’ai lu les lettres de mes usagers ». Il y mettait un point d’honneur.

Cet ancien maçon, qui a arrêté l’école à 14 ans, avait dû retourner en formation pour faire un métier qui lui plaisait. « Après l’occupation de l’Allemagne, j’ai passé le concours des facteurs mais j’avais déjà mon certificat d’études », détaille-t-il fièrement. Natif de Roquevaire, il a également distribué le courrier à Aubagne, « au Garlaban », dans les rues de Marseille et même à Paris « pour un stage ».

C’est son amour pour Marinette, la mère de ses deux enfants et toujours sa compagne, qui l’avait finalement ramené à La Ciotat… « Je ne regrette pas », commente-t-il avec un sourire pour sa bien-aimée. Yves a une chose à dire aux jeunes générations : « Il est important de faire un travail qui nous plaît. Comme ça, une fois à la retraite on se remémore les beaux jours. »

Lui se souviendra « des collègues avec qui il parlait en patois », ou encore des pêcheurs qu’il aimait retrouver près du Port-Vieux de La Ciotat. Dans le bleu azur de ses yeux, Yves conserve le souvenir de la mer, qu’il voyait chaque jour.

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