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Société | Hautes-Alpes : un projet de golf au bord du lac de Serre-Ponçon pour attirer plus de touristes

Le projet de golf à la Garenne de Crots (Hautes-Alpes) est un peu le serpent de mer du lac de Serre-Ponçon. Depuis une vingtaine d’années, le sujet revient régulièrement sur la table mais n’avance jamais vraiment. Jusqu’à fin 2017 où la municipalité décide de rouvrir le dossier. « Avec mon équipe, on a décidé de relancer le processus en commandant une étude qui a montré la faisabilité de créer un golf de neuf trous », se souvient Jean-Pierre Gandois, le maire depuis 2008. Mais la commune se heurte au coût important du projet « de l’ordre de trois à quatre millions d’euros », montant qui ne peut pas rentrer dans le budget communal, même si la rentabilité est promise « après quatre ans d’exploitation ».

L’élu a une idée : proposer le projet à la Communauté de communes de Serre-Ponçon. « Ce golf n’est pas à destination des habitants de Crots. Il était donc plus logique qu’il soit porté par la Communauté de communes », explique Jean-Pierre Gandois. L’intercommunalité présidée par la maire d’Embrun Chantal Eyméoud, également vice-présidente de la Région, est rapidement séduite. « C’est un équipement de diversification touristique qui pourrait fonctionner toute l’année et pérenniser des emplois », assure Chantal Eymeoud. Six emplois directs et 20 à 25 emplois indirects pourraient être créés. « Je considère que ma mission d’élue est de travailler sur l’avenir du territoire. S’il n’y a plus d’activité, il n’y aura plus d’emploi et des secteurs vont s’éteindre. Il faut donc avancer sur ces projets. On a un territoire extrêmement sportif et on cherche des activités neuves ».

« Le site est devenu un véritable dépotoir »

Pas question pour autant de détruire la nature. « Ce golf sera intégré, écologique et environnemental. Jamais je ne dénaturerai le terrain », clame l’élue. 

« Les études qui ont porté sur la faune et la flore ne bloquent pas le projet. On n’utilisera pas de pesticides. Concernant l’eau, on peut la pomper et ensuite, elle sera restituée. Enfin, on n’est pas Dubaï, tout ne sera pas parfaitement vert. Ce golf sera écolo et écoresponsable. Sinon je m’y opposerai. Et il n’est pas question de toucher aux terres agricoles », appuie Jean-Pierre Gandois.

Ce futur golf s’étendrait sur une zone d’une quarantaine d’hectares, actuellement non-aménagée et occupée par des arbres « dont certains seraient gardés », idéalement située près du camping municipal, de la route nationale et surtout, du lac de Serre-Ponçon. « Certains y chassent mais le site sert de dépotoir. On trouve de tout : des pneus, des frigos… De temps en temps on ramasse ces déchets mais ça ne suffit pas. Cette zone ne sert à rien et ne rapporte rien », argumente le maire de la commune haut-alpine connue pour ses joyaux patrimoniaux : le château de Picomtal et l’Abbaye de Boscodon.

Reste à convaincre les opposants au projet. Et ce ne sera pas une mince affaire (lire également ci-dessous). « Nous avons déjà organisé des réunions publiques mais certains disent que le tourisme c’est de la prostitution. Dans ces conditions, c’est difficile de rentrer dans le détail. Ils adoptent une position dogmatique, sans connaissance du projet. Ils disent qu’on n’en a pas besoin, qu’il faut mettre de l’argent ailleurs », observe Chantal Eymeoud, qui promet des subventions, au moins à hauteur de 50 %.

Le projet n’a pas encore donné lieu à une délibération au sein du conseil communautaire. Mais selon la présidente, « 90 % des 38 élus se déclarent favorables » à l’implantation du golf. « On espère aller au bout », avoue Jean-Pierre Gandois. Le chemin semble encore long.

Une ouverture espérée en 2025

Certaines études sont bien avancées. Comme celle portant sur la biodiversité qui a été réalisée pendant un an. Toutes doivent s’achever en 2022. « Cette année sera décisive », reconnaît Chantal Eymeoud. En parallèle, les réunions publiques portant sur les actions de l’intercommunalité débuteront dès lundi. Elles seront l’occasion de convaincre les habitants de l’ensemble des communes de l’utilité d’un golf à Crots. Ensuite, il faudra lancer les appels d’offres et faire les demandes officielles de subventions. Les travaux pourraient alors débuter en 2024 et le golf pourrait peut-être ouvrir en 2025. Mais la Communauté de communes reste prudente et ne s’engage pas sur un calendrier.

Un collectif d’opposants prêt à créer une « zone à défendre » à la Garenne de Crots

Ils s’appellent Anna, Dominique, Thomas ou Anne. Ils ne veulent pas se mettre en avant, certains cachent leur visage pour les photos et préfèrent même ne pas donner leur prénom. Mais tous parlent volontiers de leur « lutte » contre le projet de golf à Crots. Un équipement inutile pour le territoire selon eux : « C’est un non-sens complet. On manque d’eau, on assiste à l’épuisement des ressources naturelles, assure Anna, membre du collectif « Non au golf de Serre-Ponçon qui compterait dix à douze militants actifs. C’est un projet démesuré, énergivore, polluant et qui n’est d’aucune utilité publique. Les attentes de la population sont celles d’un tourisme acceptable ».

Un collectif d’opposants dénonce « un scandale écologique, financier et social ».Photos Jean-Pierre Le Nai

« On peut faire des aménagements beaucoup plus raisonnés avec quatre millions d’euros », lance une autre militante, citant en exemple un développement des voies vertes et notamment la création d’une passerelle cyclable en parallèle du pont de Savines-le-Lac permettant de rejoindre l’autre côté du lac en toute sécurité. Ou encore la création d’une unité de lavage des verres.

Mais à défaut de pouvoir – pour l’instant – défendre leurs projets au sein de conseils municipaux ou communautaires, certains militants comptent s’opposer par tous les moyens à la construction du golf. Au point de créer une « zone à défendre » (Zad) ? « On ira là où il faut aller, répond un membre du collectif. Il y a trop d’enjeux pour laisser faire, on est prêt ».

Pour l’heure, leur action est principalement de sensibiliser la population à leur cause. À travers notamment des réunions publiques organisées chaque jeudi depuis le début de l’année et jusqu’au 3 février dans différentes communes du territoire et qui rassembleraient 20 à 30 personnes à chaque séance. « La population n’est pas informée. Elle commence doucement à l’être mais c’est pour cela qu’on n’est peu », observe Anna, qui assure que « majoritairement, les gens sont dans l’incompréhension et le rejet » face à ce projet.

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